Ce qui me passionne, au fond, ce ne sont pas les mathématiques. C'est le moment précis où quelqu'un comprend. Apprendre, et faire apprendre : je n'ai jamais trouvé plus intéressant que ça. Quand j'étais élève au Lycée Lyautey de Casablanca, j'observais déjà les meilleurs autour de moi. Ils n'étaient ni les plus intelligents, ni ceux qui passaient le plus d'heures sur leurs cahiers. Ils avaient un seul point commun : une vraie méthode de travail.
Cette méthode, je me la suis construite au fil des années, et je la dois surtout à l'exigence des études que j'ai suivies. En classe étoile PC* à Sainte-Geneviève, on ne survit pas en travaillant plus : on survit en travaillant juste. À l'École Polytechnique, puis à l'Imperial College à Londres, chaque échelon m'a forcé à raffiner cette façon de faire — identifier ce qui bloque, le cibler, vérifier que c'est acquis avant de passer à la suite.
Je l'ai ensuite regardée depuis l'autre côté du bureau. Des centaines d'élèves en cours particuliers, puis des années de khôlles en MPSI et PCSI dans plusieurs prépas parisiennes. Des profils que tout oppose : le premier de la classe qui s'effondre au premier concours, celui qu'on disait moyen et qui décolle en trois mois. Et toujours le même point commun chez ceux qui progressaient : pas plus de talent, une meilleure méthode. À chaque fois que je l'ai transmise, ça a marché. Pas parfois. Systématiquement.
En parallèle, j'ai passé ces dernières années dans l'intelligence artificielle : chef d'équipe IA dans une société de technologie en France, puis chef de projet IA à l'OCP au Maroc. Des systèmes en production, avec de vrais utilisateurs et de vraies conséquences quand le modèle se trompe. Je ne découvre pas ces outils en même temps que mes élèves — je sais ce qu'ils savent faire, et surtout ce qu'ils font mal.
Or la révolution qui arrive commence au lycée. Les élèves d'aujourd'hui grandissent avec ces modèles, et personne ne leur apprend à s'en servir. Mal utilisés, ils sont le pire ennemi d'un lycéen : ils rédigent à sa place, lui donnent le sentiment d'avoir compris, et lui volent exactement l'effort qui l'aurait fait progresser. On appelle ça travailler. C'est l'illusion du travail.
C'est précisément là que je passe mon temps. Sokra ne se contente pas d'interroger un modèle : je lui fournis le corrigé de chaque exercice, je lui interdis de donner la réponse, et je relis les retours pour vérifier qu'ils pointent la bonne erreur — pas une approximation plausible. Un mauvais feedback est pire que pas de feedback : il installe une fausse certitude. Cette vérification, c'est mon métier des deux côtés à la fois, et c'est ce qui sépare Sokra d'un assistant généraliste.
J'ai construit Sokra pour que la technologie fasse exactement ce que fait un bon khôlleur : pointer, obliger à chercher, refuser de rédiger à ta place. Et le faire pour chaque élève, sur son chapitre, à son rythme — ce qu'aucun professeur seul, moi compris, n'a jamais eu le temps de faire.